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Devons-nous faire plus que parler ? Stratégies et initiatives pour lutter contre les discours et les crimes de haine en Europe

12 nov. 2020 16:58

Par Sylvia Servaes et Martin Mader de FriEnt (version originale en allemand)

Avec la pandémie de la Covid 19, les théories du complot se sont rapidement répandues à travers les réseaux sociaux du monde entier, mais surtout en Europe. Les discours de haine envers les immigrants, les musulmans et les juifs, mais aussi envers les femmes et les membres de la communauté LGBTI+ sont en augmentation. Mais malgré les initiatives des gouvernements et de la société civile en Europe, la propagation des discours et des crimes haineux semble inéluctable, que ce soit en ligne ou hors ligne.

À la lumière de ces développements inquiétants, l'Action mondiale contre les crimes de masse (GAAMAC) a soutenu le Partenariat mondial pour la prévention des conflits armés (GPPAC), le Département fédéral suisse des affaires étrangères (DFAE) et le Groupe de travail sur la paix et le développement (FriEnt) dans l'organisation de la session en ligne "Addressing Hate Speech in Europe" dans le cadre de la Semaine de la paix de Genève 2020.

Les participants ont discuté de la manière de lutter contre les discours et les crimes de haine en Europe. Christie Edwards (chef adjoint de l'unité Tolérance et anti-discrimination du Bureau de l'OSCE pour la démocratie et les droits de l'homme) et Elvir Djuliman (chef du Centre de dialogue Nansen à Mostar, Bosnie-Herzégovine) ont discuté des initiatives prometteuses et des défis communs avec la modératrice Mô Bleeker (présidente de GAAMAC et représentante spéciale du DFAE pour le traitement du passé et la prévention des atrocités).

Surmonter les craintes - construire des ponts

Les initiatives de la société civile apportent une contribution décisive à la lutte contre les discours et les crimes de haine. Christie Edwards et Elvir Djuliman ont souligné la fonction de pont de ces initiatives entre les groupes concernés et les organes de l'État tels que la police et le pouvoir judiciaire. Ces initiatives sensibilisent souvent les gens aux expériences de discrimination et permettent aux victimes de faire entendre leur voix. En même temps, des initiatives locales, telles que le Centre de dialogue Nansen, peuvent fournir une plate-forme d'échange entre les groupes. L'hypothèse selon laquelle les stéréotypes, et donc les discours de haine, proviennent de l'ignorance de ce qui est étranger doit être combattue par le dialogue. L'éducation, a souligné Elvir Djuliman, est la clé pour surmonter la peur et la haine qui en résulte. La promotion de la paix, l'éducation aux médias et le dialogue interreligieux doivent non seulement faire partie des initiatives sociales mais doivent également être inscrits dans les programmes scolaires officiels. C'est là que les limites de nombreuses organisations de la société civile et la nécessité d'une coopération avec les acteurs étatiques deviennent évidentes.

Préparation à l'autoréflexion

Les panélistes ont convenu que l'État a une position clé dans la lutte contre les crimes et les discours de haine. Malgré une initiative des Nations Unies pour une compréhension commune des discours de haine, il n'existe pas de définition officielle aux niveaux international et national. Ce qu'il faut, c'est un engagement volontaire de la part des États pour sensibiliser à la discrimination des groupes marginalisés dans leurs structures afin de promulguer des lois et de prévenir la discrimination structurelle. Cela nécessite la volonté d'un gouvernement de s'attaquer à la discrimination et à ses causes structurelles.

Comme l'ont clairement indiqué les membres du panel, l'implication de l'État ne doit donc pas se limiter à de simples poursuites. La coopération avec la société civile et la promotion d'espaces inclusifs d'échange et de dialogue constituent une partie importante de la lutte contre les crimes et les discours de haine.

Le dialogue et l'éducation sont-ils suffisants ?

La question demeure : une démocratie vivante est-elle une protection suffisante contre les discours et les crimes de haine ? L'impact des initiatives individuelles d'éducation à la paix reste souvent incertain. Souvent, il n'y a pas de chiffres sur la propagation et l'impact des discours et des crimes de haine et sur leurs auteurs. Les réactions des participants à la session en ligne ont montré combien il est complexe de traiter les discours et les crimes de haine. La relation entre la réglementation étatique des plateformes de médias sociaux et la liberté d'expression a été abordée, tout comme le rôle des images de la masculinité dans les régions en conflit. De nombreuses contributions ont reflété la question de la prévention individuelle ou structurelle du discours et des crimes de haine. Il convient de noter que ni les initiatives de l'État ni celles de la société civile ne suffisent à elles seules pour contrer avec succès les discours et les crimes de haine.

La session en ligne faisait partie d'une série d'événements sur les discours et les crimes de haine en prévision de la quatrième réunion mondiale de GAAMAC en novembre 2021.